Comment choisir son orientation quand on ne sait pas quoi faire ?
Par Frédéric Dumoulin, conseiller en orientation – Expertam
Pendant des années, choisir son orientation semblait relativement simple. Les parcours étaient plus linéaires, les métiers mieux identifiés et les possibilités moins nombreuses. Aujourd’hui, la situation est très différente : les jeunes doivent prendre des décisions dans un monde où les formations se multiplient, où les métiers évoluent rapidement et où de nouvelles professions apparaissent chaque année.
Face à cette abondance de choix, une phrase revient constamment lors de mes premiers rendez-vous : « Je ne sais pas quoi faire. » Cette phrase inquiète souvent les parents. Ils ont parfois le sentiment que leur enfant manque de motivation, qu’il ne s’intéresse à rien ou qu’il prend du retard. Pourtant, après avoir accompagné de nombreux lycéens, étudiants et jeunes adultes dans leur réflexion, j’ai acquis une conviction : ne pas savoir quoi faire est rarement le véritable problème.
Dans la majorité des cas, cette hésitation traduit surtout une difficulté à se connaître, à comprendre le fonctionnement des études supérieures ou à imaginer concrètement son avenir professionnel. Le manque d’idée est souvent la conséquence d’un manque de repères, et non d’un manque de potentiel. C’est précisément pour cette raison qu’une orientation réussie ne commence pas par le choix d’un métier. Elle commence par une meilleure compréhension de soi.
Pourquoi choisir son orientation est devenu plus difficile
Les générations précédentes évoluaient dans un environnement relativement stable. Les parcours étaient plus lisibles et les professions mieux connues. Aujourd’hui, un lycéen peut avoir accès à plusieurs milliers de formations différentes, sans parler des spécialisations, des doubles cursus, des écoles privées, de l’alternance ou encore des études à l’étranger. Cette richesse représente une formidable opportunité, mais elle peut rapidement devenir une source d’anxiété : comment choisir lorsque tout semble possible ?
À cette difficulté s’ajoutent plusieurs facteurs. Les réseaux sociaux mettent quotidiennement en avant des réussites spectaculaires et donnent parfois l’impression que tout le monde a trouvé sa voie sauf soi. Les parents souhaitent naturellement conseiller leur enfant, mais ils connaissent parfois mal les évolutions du marché du travail ou les nouvelles formations. Les enseignants disposent d’une connaissance précieuse des élèves, mais ils ne peuvent pas toujours consacrer le temps nécessaire à une réflexion individuelle approfondie.
Enfin, les jeunes eux-mêmes ressentent une pression importante. Beaucoup pensent qu’ils doivent trouver, à 17 ou 18 ans, le métier qu’ils exerceront toute leur vie. C’est probablement l’une des idées les plus anxiogènes qui existent aujourd’hui. La réalité est tout autre : les carrières deviennent de plus en plus évolutives. Beaucoup de professionnels exerceront plusieurs métiers, changeront de secteur, se spécialiseront, créeront leur entreprise ou reprendront des études. L’orientation n’est donc plus une décision définitive ; elle constitue le premier chapitre d’un parcours qui continuera d’évoluer.
La première erreur : croire qu’il existe un métier fait pour chacun
L’une des croyances les plus répandues est qu’il existerait quelque part un métier idéal, parfaitement adapté à chaque personne. Cette idée est séduisante, mais elle est trompeuse. En réalité, plusieurs dizaines de métiers peuvent convenir à un même jeune.
Prenons l’exemple d’un élève qui aime comprendre les autres, résoudre des problèmes et communiquer. Il pourrait tout aussi bien s’épanouir dans les ressources humaines, la psychologie, le management, le conseil, la médiation, le recrutement, l’enseignement ou la formation. Ce ne sont pas les métiers qui définissent une personne. Ce sont ses compétences, sa personnalité, ses motivations et ses valeurs qui ouvrent un ensemble de possibilités.
Chercher le métier parfait conduit souvent à rester bloqué, car chaque option paraît imparfaite ou oblige à renoncer aux autres. Chercher les métiers qui correspondent réellement à son fonctionnement permet au contraire d’élargir le champ des possibles et d’avancer avec davantage de sérénité.
Les cinq profils de jeunes qui n’arrivent pas à choisir
1. Le jeune qui aime tout
Ces jeunes obtiennent souvent de bons résultats scolaires, s’intéressent à de nombreux domaines et sont capables de réussir dans des matières très différentes. Leur difficulté n’est pas le manque d’idées, mais l’excès de possibilités. Chaque choix leur donne le sentiment de renoncer à tous les autres, si bien que plus ils réfléchissent, plus ils hésitent.
Dans cette situation, chercher la « meilleure formation » ne suffit pas. Il est beaucoup plus utile d’identifier ce qui leur procure réellement de l’énergie au quotidien : aiment-ils convaincre, créer, analyser, organiser, transmettre, aider ou diriger ? La réponse se trouve souvent davantage dans leur manière d’agir que dans les matières qu’ils apprécient.
2. Le jeune qui pense n’être bon dans rien
Ce profil est beaucoup plus fréquent qu’on ne l’imagine. Ces jeunes minimisent leurs qualités, se comparent constamment aux autres et retiennent davantage leurs échecs que leurs réussites. Lorsqu’on leur demande leurs points forts, ils répondent souvent qu’ils ne savent pas ou qu’ils n’ont rien de particulier.
Pourtant, après quelques échanges, apparaissent des compétences qu’ils n’avaient jamais identifiées : une grande capacité d’écoute, un excellent sens de l’organisation, une créativité importante, une vraie facilité à expliquer ou une remarquable persévérance. Très souvent, ce n’est pas le potentiel qui manque, mais le regard porté sur soi.
3. Le jeune influencé par son entourage
Certaines décisions d’orientation ne sont pas réellement celles du jeune. Elles sont parfois guidées par le souhait de faire plaisir à ses parents, de suivre ses amis ou de reproduire le parcours d’un membre de la famille. Ces influences sont naturelles : les parents veulent protéger leur enfant et les amis représentent des repères importants.
Le problème apparaît lorsque le projet choisi ne correspond plus à sa personnalité. Au bout de quelques mois d’études, le manque de motivation s’installe alors, non pas parce que la formation est mauvaise, mais parce qu’elle ne correspond pas réellement à celui qui la suit.
4. Le jeune paralysé par la peur de se tromper
Pour certains, choisir devient une véritable source d’angoisse. Ils veulent être certains de prendre la bonne décision avant d’avancer. Ils comparent les formations, consultent des classements, regardent des vidéos, lisent des témoignages et demandent l’avis de leur entourage. Malgré toutes ces recherches, ils restent parfois immobiles, car ils recherchent une certitude qui n’existe pas.
Aucune orientation ne peut garantir qu’un métier plaira encore dans dix ans. En revanche, il est possible de prendre une décision cohérente avec les informations dont on dispose aujourd’hui. Attendre d’être absolument certain conduit souvent à ne jamais choisir.
5. Le jeune qui ne se connaît pas encore
C’est sans doute le profil le plus courant. Contrairement à une idée reçue, un adolescent de 17 ans ne peut pas toujours expliquer précisément dans quel environnement il souhaite travailler, quelles sont ses valeurs professionnelles ou ce qui le motive profondément. À cet âge, peu de jeunes ont eu suffisamment d’expériences pour répondre avec certitude à ces questions, et c’est parfaitement normal.
L’objectif n’est donc pas d’exiger une réponse immédiate, mais de lui permettre de mieux se connaître afin que ses choix deviennent progressivement plus évidents.
Les erreurs qui empêchent réellement d’avancer
Lorsque l’on ne sait pas quoi faire, le premier réflexe consiste souvent à chercher immédiatement une liste de métiers. Cette démarche est rarement efficace. La première erreur consiste à vouloir choisir un métier avant de se connaître. C’est un peu comme vouloir acheter une maison sans savoir dans quelle ville on souhaite vivre.
Une autre erreur fréquente est de se focaliser uniquement sur les débouchés. Bien sûr, les perspectives d’emploi sont importantes, mais un secteur qui recrute ne garantit pas qu’il correspondra à la personnalité du jeune. À l’inverse, certains écartent immédiatement une profession parce qu’elle semble difficile, mal connue ou jugée peu prestigieuse. Ils risquent alors de passer à côté d’une voie dans laquelle ils auraient pu s’épanouir.
Enfin, beaucoup pensent qu’il faut trouver une réponse définitive dès le premier choix d’études. Or, l’orientation est un chemin, pas un verdict. Les parcours évoluent, les envies changent et les expériences transforment les projets. Le véritable objectif n’est pas de prendre une décision parfaite, mais une décision cohérente, réfléchie et suffisamment solide pour permettre au jeune d’avancer avec confiance.
La méthode Expertam : construire un projet qui a du sens
Lorsque je rencontre un jeune pour la première fois, je ne commence jamais par lui demander quel métier il veut exercer. Je cherche d’abord à comprendre qui il est : quels sont ses centres d’intérêt ? Quelles activités lui procurent du plaisir ? Dans quel environnement se sent-il à l’aise ? Préfère-t-il travailler seul ou en équipe ? A-t-il besoin d’un cadre structuré ou d’une grande autonomie ? Quelles sont ses valeurs et qu’attend-il réellement de sa future vie professionnelle ?
Toutes ces questions permettent progressivement de dessiner un profil. À partir de cette connaissance de soi, il devient beaucoup plus facile d’explorer des familles de métiers, puis des formations cohérentes. Le projet ne repose alors plus sur une intuition ou sur un effet de mode, mais sur une réflexion structurée.
Chez Expertam, cette démarche s’appuie sur plusieurs outils complémentaires : des échanges approfondis, des questionnaires de personnalité, des tests d’intérêts professionnels, une analyse des compétences et une découverte concrète des métiers et des formations. L’objectif n’est pas de dire à un jeune ce qu’il doit faire, mais de lui donner les moyens de comprendre pourquoi une orientation lui correspond davantage qu’une autre.
Cette compréhension lui permettra ensuite d’avancer avec confiance et de défendre son projet, notamment dans son dossier Parcoursup ou lors d’un entretien d’admission.
Le rôle essentiel des parents
Les parents occupent une place déterminante dans la construction du projet d’orientation. Leur soutien, leurs encouragements et leur expérience constituent des ressources précieuses. Cependant, il est parfois difficile de trouver le bon équilibre entre accompagner et décider à la place de son enfant.
Par inquiétude, certains parents cherchent naturellement à sécuriser son avenir en privilégiant les formations réputées, les secteurs qui recrutent ou les métiers qu’ils connaissent bien. Cette démarche est compréhensible, mais une orientation réussie ne repose pas uniquement sur les débouchés. Elle repose aussi sur l’adéquation entre une personne, une formation et un futur environnement professionnel.
Le rôle des parents n’est donc pas de choisir, mais de poser les bonnes questions, d’encourager la réflexion, de valoriser les réussites et de laisser progressivement leur enfant devenir acteur de son projet. Cette posture est parfois plus difficile, mais elle est beaucoup plus efficace à long terme.
Quelques idées reçues à dépasser
La première idée reçue est qu’il faudrait avoir trouvé sa vocation avant la fin du lycée. En réalité, très peu de jeunes possèdent une vision parfaitement claire de leur avenir à cet âge. Une autre croyance consiste à penser qu’un premier choix engage toute une vie professionnelle. Les parcours actuels montrent exactement l’inverse : les réorientations, les spécialisations, les reprises d’études et les évolutions de carrière sont devenues fréquentes.
Enfin, beaucoup imaginent qu’un bon élève n’aura jamais de difficulté à choisir. Mon expérience montre pourtant que les excellents élèves sont souvent ceux qui hésitent le plus. Parce que de nombreuses portes leur sont ouvertes, ils craignent davantage de faire le mauvais choix. L’indécision n’est donc pas un signe de faiblesse ; elle peut être le reflet d’une réflexion exigeante.
Foire aux questions
Est-il normal de ne pas savoir quoi faire à 17 ou 18 ans ?
Oui. C’est même une situation beaucoup plus fréquente qu’on ne le pense. L’essentiel est de transformer cette période de doute en une véritable démarche de réflexion.
Peut-on se tromper d’orientation ?
Oui, cela arrive. Mais une erreur n’est jamais une fatalité. Beaucoup de jeunes se réorientent avec succès après avoir mieux identifié leurs aspirations et leur manière d’apprendre.
Les tests d’orientation suffisent-ils à choisir un métier ?
Non. Ils constituent des outils intéressants, mais ils ne remplacent jamais l’échange, l’analyse du parcours du jeune et la découverte concrète des formations et des métiers.
Les débouchés doivent-ils être le seul critère de choix ?
Non. Ils doivent être pris en compte, mais toujours en les mettant en perspective avec les compétences, les motivations, les valeurs et la personnalité du jeune.
Les 3 idées à retenir
- Ne pas savoir quoi faire n’est pas un problème en soi. C’est souvent le point de départ d’une réflexion constructive.
- Une bonne orientation ne consiste pas à trouver le métier parfait, mais à identifier des formations et des métiers cohérents avec sa personnalité, ses compétences et ses aspirations.
- Choisir son orientation est un processus. Plus le jeune apprend à se connaître, plus ses décisions deviennent cohérentes et sereines.
Conclusion
Choisir son orientation est probablement l’une des premières grandes décisions de la vie d’un jeune. Cette responsabilité peut sembler impressionnante, tant pour lui que pour ses parents. Pourtant, il est important de rappeler qu’il n’existe pas un unique chemin vers la réussite. Les parcours professionnels évoluent, les métiers se transforment et les compétences se développent tout au long de la vie.
L’objectif n’est donc pas de prendre une décision parfaite, mais de construire un projet réaliste, cohérent et suffisamment solide pour avancer avec confiance. C’est précisément cette démarche qui permet de transformer une période de doute en une véritable opportunité de mieux se connaître et de préparer son avenir.
Votre enfant ne sait pas quelle orientation choisir ?
Un bilan d’orientation permet de structurer sa réflexion, de mieux comprendre son profil et d’identifier des pistes d’études et de métiers réellement cohérentes. Je vous accompagne au cabinet Expertam, à Paris 16e, ou à distance en visioconférence.
En une minute
À retenir
Une orientation solide commence par une meilleure connaissance de soi, avant même de chercher un métier ou une formation.
L’erreur la plus fréquente
Vouloir obtenir immédiatement une réponse définitive, alors que l’orientation se construit progressivement.
Mon conseil
Chercher plusieurs voies cohérentes avec le profil du jeune plutôt qu’un unique métier supposé parfait.
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